Le coin des collectionneurs/Journal


             Bla Bla Art & Bla Bla Bla

Trop humain peut être ?

Cut original de Claudio Diatto, livre d'artiste " le jour le jour "
Cut original de Claudio Diatto, livre d'artiste " le jour le jour "

On a beau consulter les sites internet des grandes galeries à la recherche d'un portrait des artistes dont on présente le travail ; la recherche est vaine. Ne soyez pas étonné de trouver sur mon site quantité de portraits photographiques des écrivains et artistes qui ont travaillé avec la galerie ou les éditions parce que je pense que ces portraits, quelque soit d'ailleurs la qualité des photographies, nous transmettent une part d'humanité qui correspond à une manière universelle de lien entre les hommes. Pourquoi faudrait il que dans le domaine des Arts Plastiques nous gommions cette trace d'humanité, alors que nous savons que dans toute l'histoire, le grand public a toujours été sensible à découvrir les portraits des grands hommes, qu'ils soient musiciens, savants, peintres ou acteurs ?  Je me demande dans quelle mesure on ne subit pas un peu trop les influences des gestions administratives et/ ou financières qui sont à l'origine probablement de la déshumanisation de nos sociétés contemporaines ? Pourquoi une application systématique de l'absence de portrait d'artistes dans les galeries ?  De quelle faute de goût a-t-on peur ? Tous les chanteurs communiquent sur leur image, je ne sache pas que cela pose de problème particulier, bien au contraire, c'est probablement le ciment du lien qu'ils tissent avec leur public. Autant poser la question sans détour ; que gagne-t-on à déshumaniser les Arts Plastiques ? 


La distance avec le texte...

Dessin original de Isabelle Malmezat  ( Livre d'artiste "Mots Totems" )
Dessin original de Isabelle Malmezat ( Livre d'artiste "Mots Totems" )

Dans ma démarche de création de livres d'artiste, le texte  bénéficie d'une place primordiale puisqu'il constitue le coeur du projet. Il est le prétexte à partir duquel le livre va pouvoir s'organiser, et surtout avec lequel il faudra que les artistes dialoguent pour s'en imprégner.

Bien entendu, chaque artiste invité dans un projet a toute liberté d'intervenir comme il le souhaite, en respectant ou pas, les cadres d'interventions identifiés dans la mise en page, et peut réaliser avec les techniques de son choix les oeuvres qui viendront enluminer les livres. Le véritable travail de chaque plasticien, avant même la réalisation des interventions, s'opère dans le secret de sa lecture ; il doit définir peu à peu la distance qu'il va établir avec le texte, et trouver son juste équilibre entre tous les paramètres qui composent cette alchimie :  authenticité de son travail, décoration, illustration, création, respect du texte, interprétation du texte… 

L'application systématique d'une "recette"par exemple, limite voir annule la prise de risque au niveau de la création, mais elle permet aussi d'approfondir une idée ( peut-être ? )… Autant l'artiste que le public doit se poser la question de la réussite d'un tel ouvrage, et bien entendu, il convient de le faire en toute humilité.

D'une façon générale, en poésie comme dans les différentes formes artistiques, on comprend assez vite si le plasticien a quelque chose à dire, parce que finalement, il n'y a que cela qui compte vraiment. Et pour l'inspiration d'un artiste, quoi de plus noble et de plus propice qu'un fragment choisi de littérature ou de poésie ? Pour résumer donc ce problème majeur de la bonne distance à établir avec un texte, disons que toutes les distances sont envisageables mais qu'elles ne conduisent pas toutes à la réussite… 


Pourquoi pas dans la bibliothèque ?

Dessin original de Klervi Bourseul ( livre d'artiste "les insectes" )
Dessin original de Klervi Bourseul ( livre d'artiste "les insectes" )

 

 

 

 

 

Depuis leur émergence au début du XX ème siècle sous l'impulsion de Vollard et Adrien Maeght par exemple, les livres d'artistes commencent timidement aujourd'hui à prendre une place dans les bibliothèques publiques, et en dépit des difficultés de présentation et de sauvegarde, les institutions semblent avoir pris la mesure de ce patrimoine nouveau qui a émergé dans le paysage des arts et du livre. Pour les collectionneurs d'art, ce médium particulier, n'a pas encore vraiment été identifié comme un patrimoine d'importance. Les galeries d'art elles-même n'en présentent que trop peu en complément de leurs expositions, et bien souvent, la réalité du livre d'artiste se développe en dehors des réseaux traditionnels. On peut même constater souvent, une production massive qui peut induire, parfois à juste titre, une méfiance ou pour le moins une interrogation. Il n'en reste pas moins que des trésors de création éclosent régulièrement grâce à cette pratique, et que pour les oeuvres papiers, dont la conservation pose de réelles difficultés, le livre apporte des réponses très satisfaisantes. Il permet souvent de pouvoir s'offrir des oeuvres de grande qualité à moindre coût, et d'enrichir les bibliothèques de collectionneurs, sans grand risque de saturation, en amenant une nouvelle manière de consultation des oeuvres. C'est du plaisir garanti, et pour le vivre au quotidien, je recommande à tout collectionneur d'en faire l'expérience. Et puis, que de découvertes en vue !


Je n'ai plus de place !

Dessin original de Frédéric Arditi ( livre d'artiste "les insectes" )
Dessin original de Frédéric Arditi ( livre d'artiste "les insectes" )

Pour le moment, juste une invitation à la méditation...

En effet, nombre d'entre-nous finissent par limiter leurs achats parce qu'avec le temps, la place finit par manquer pour exposer correctement ses coups de coeur, ou parce que la place même ne suffit plus pour entreposer ses achats. Tous les amateurs sont confrontés à cette problématique qui, il faut le reconnaître aussi, a du bon en ce sens qu'elle nous détourne vite des achats compulsifs pour nous inviter à une acuité plus soutenue de notre regard.

Pour autant, les artistes continuent d'avoir besoin du soutien des collectionneurs pour pouvoir accomplir leur travail et finalement leur oeuvre.

Dans un temps ou la situation économique et politique des pays nous contraint à entrer dans des zones de non-sens, les collectionneurs doivent envisager, plus que jamais peut être, de soutenir les créateurs et ceux qui s'engagent à leurs côtés, avec un surcroît de spiritualité dans leur démarche. Ce niveau de conscience est aussi important qu'un achat, parce qu'il offre en partage une énergie "propre" dont peut se nourrir un artiste.

Du coup, pour tous ceux qui manquent de place, je vous invite à méditer sur les avantages multiples qu'offrent les livres d'artiste.

Je développerai ces avantages dans un article suivant…